Turquie : un juge ordonne l’incarcération du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, dont l’arrestation a déclenché une vague de contestation
Écrit par Jonathan PIRIOU sur mars 23, 2025
Poursuivi pour « corruption » et « terrorisme », le principal opposant au président Erdogan avait été conduit samedi soir, avec 90 de ses coaccusés, au tribunal, alors que des centaines de milliers de personnes se sont mobilisées en son soutien.Son arrestation a déclenché une vague de contestation en Turquie. Un juge a ordonné, dimanche 23 mars, l’incarcération du maire d’opposition d’Istambul, Ekrem Imamoglu, en détention provisoire, pour « corruption », a annoncé l’un de ses avocats à l’Agence France-Presse (AFP). Egalement poursuivi pour « terrorisme », M. Imamoglu, principal rival du président Erdogan, avait été conduit, samedi soir avec 90 de ses coaccusés, au tribunal stambouliote de Caglayan, protégé par un très important dispositif policier, avant d’y être entendu à deux reprises dans la nuit.Vous pouvez partager un article en cliquant sur les icônes de partage en haut à droite de celui-ci.
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Le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), principale force d’opposition, auquel le maire d’Istanbul appartient, a dénoncé « un coup d’Etat politique ». Selon les avocats de d’édile, son audition dans le volet « terrorisme » de l’accusation, avait duré « six heures » samedi. « M. Imamoglu a nié toutes les charges retenues dans un document de 121 pages », avaient-ils fait savoir samedi soir, déplorant que les droits de la défense et « le droit à un procès équitable [aient] été violés ». La justice a, par ailleurs, ordonné dimanche matin l’incarcération d’autres coaccusés du maire, dont l’un de ses proches conseillers, selon des médias turcs.
Dans le même temps, les soutiens d’Ekrem Imamoglu ont envahi la rue samedi pour le quatrième soir de suite, déferlant par dizaines de milliers devant l’hôtel de ville d’Istambul. La foule est apparue encore plus nombreuse que les jours précédents, prenant d’assaut les rames de métro et les abords de l’hôtel de ville, congestionnés, en agitant des drapeaux et des pancartes exprimant sa colère : « Les dictateurs sont des lâches ! », « L’AKP [le parti au pouvoir] ne nous fera pas taire ».Prolongation de l’interdiction de rassemblement
Depuis mercredi, la contestation déclenchée par son arrestation s’est étendue à tout le pays, atteignant une ampleur inédite depuis le grand mouvement de contestation de Gezi, en 2013, parti de la place Taksim d’Istanbul. Des rassemblements ont eu lieu dans au moins 55 des 81 provinces turques, soit plus des deux tiers du pays, selon un décompte effectué samedi par l’AFP. Ces manifestations ont donné lieu à plus de 350 arrestations dans au moins neuf villes du pays, selon les autorités.Samedi, des manifestants ont passé la nuit à l’intérieur de la mairie, certains tentant de trouver le sommeil sur des chaises disposées dans le hall du vaste bâtiment en attendant d’être fixés sur le sort du maire, a constaté un photographe de l’AFP. Pour tenter de prévenir des troubles, le gouvernorat d’Istanbul a prolongé l’interdiction de rassemblement jusqu’à mercredi soir et annoncé des restrictions d’entrée dans la ville aux personnes susceptibles de participer à des rassemblements, sans préciser comment il les mettrait en œuvre.Vous pouvez partager un article en cliquant sur les icônes de partage en haut à droite de celui-ci.
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L’accusation de « soutien à une organisation terroriste » contre l’élu de 53 ans, figure du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), principale force d’opposition, fait redouter à ses soutiens son remplacement par un administrateur nommé par l’Etat à la tête de la plus grande ville du pays s’il est incarcéré.
Selon une déclaration transmise, samedi, par la municipalité de la métropole turque, le maire d’Istanbul a dénoncé devant la police des « accusations immorales et sans fondement (…), allant des rapports fabriqués au calendrier des enquêtes, [qui] visent à saper [s]a réputation et [s]a crédibilité ». « Ceux qui sont derrière cette stratégie devront répondre de leurs actes devant les tribunaux. Je porterai plainte contre les personnes et les institutions impliquées », a-t-il prévenu.