Le coup de massue de Trump sur l’automobile européenne
Écrit par Jonathan PIRIOU sur mars 27, 2025
L’escalade commerciale que redoutait Bruxelles n’aura pas tardé. Moins de trois semaines après avoir frappé l’acier et l’aluminium européens de droits de douane à 25 %, Donald Trump dégaine une nouvelle arme de destruction massive contre l’industrie européenne : une surtaxe de 25 % sur les automobiles importées. Un coup terrible porté au cœur du secteur industriel européen, pour lequel le marché américain constitue une destination vitale.C’est le début du jour de la libération en Amérique, a lancé, triomphal, le président depuis la Maison-Blanche. Nous allons récupérer une partie de l’argent qui nous a été confisqué. » L’homme à la blonde chevelure prétend s’inscrire dans les pas du 25e président des États-Unis, William McKinley (1897-1901), connu pour avoir été un ayatollah du protectionnisme économique et pour avoir soutenu le tarif Dingley de 1897, qui a établi des droits de douane très élevés sur de nombreux produits importés. La déclaration de Donald Trump ne laisse guère de place au doute quant à ses intentions : la réindustrialisation des États-Unis par tous les moyens, au détriment de ses partenaires commerciaux.
Un coup calculé au millimètre
La méthode Trump deuxième période n’a rien perdu de son mordant. Le timing de l’annonce ne doit rien au hasard : elle intervient à peine 24 heures après la visite à Washington du commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, venu tenter de désamorcer la crise sur l’acier et l’aluminium. Il lui a fait « une Lavrov », en référence à la visite calamiteuse de l’ancien haut représentant de l’UE Josep Borrell, humilié à Moscou lors d’une visite en février 2021…Pis encore, ces nouveaux droits entreront en vigueur dès le 3 avril, soit une semaine à peine après l’annonce, laissant l’Europe sans marge de manœuvre pour réagir. Un véritable supplice chinois pour Bruxelles, qui n’a même pas eu le temps de mettre en œuvre sa première salve de contre-mesures face aux taxes déjà décidées sur l’acier et l’aluminium.
L’addition s’annonce colossale : selon les données du ministère américain du Commerce, les États-Unis ont importé pour 214 milliards de dollars de voitures particulières en 2024. Si l’on y ajoute les pièces détachées, ce sont 192 milliards supplémentaires qui seront touchés. Mais ces chiffres globaux masquent une réalité brutale pour l’Europe : les véhicules à moteur figurent parmi les trois principales exportations de l’UE vers les États-Unis. Berlin est la principale victime.
L’Allemagne frappée en plein cœur
Pour prendre la mesure du choc, il faut plonger dans les statistiques : selon l’ACEA (Association des constructeurs européens d’automobiles), les États-Unis constituent la première destination en valeur des automobiles européennes, avec des exportations s’élevant à 38,4 milliards d’euros en 2024 – malgré un recul de 4,6 % par rapport à l’année précédente. Avec le Royaume-Uni (33,3 milliards d’euros), ces deux marchés absorbent près de la moitié des exportations automobiles européennes en valeur.En volume, l’UE a exporté au total 4,5 millions de voitures en 2024, dont une part significative vers les États-Unis, qui ont connu une baisse de 6,2 % de leurs importations par rapport à 2023. Autant dire que l’industrie automobile européenne, déjà en ralentissement, risque de subir un coup brutal.Les tarifs sont des taxes »
Pour l’heure, la réaction de Bruxelles demeure dans le registre du bref communiqué. « Je regrette profondément la décision des États-Unis d’imposer des droits de douane sur les exportations automobiles européennes », a fait savoir Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission. L’industrie automobile est un moteur d’innovation, de compétitivité et d’emplois de qualité, grâce à des chaînes d’approvisionnement profondément intégrées des deux côtés de l’Atlantique. »
La présidente a réitéré sa position de principe : « Comme je l’ai déjà dit, les droits de douane sont des taxes – néfastes pour les entreprises et encore plus pour les consommateurs, tant aux États-Unis que dans l’Union européenne. » Un message qu’elle martèle depuis le début des hostilités commerciales.