Non, il n’y a pas de pénurie d’œufs : alors pourquoi disparaissent-ils des rayons de supermarchés ?
Écrit par Jonathan PIRIOU sur mars 18, 2025
La filière œufs française, premier pays producteur d’Europe, fait face à de fortes tensions, due à une consommation élevée et une évolution des modes de production.Depuis quelques semaines, les consommateurs ont bien du mal à trouver des œufs dans les étals des supermarchés. Que ce soit Leclerc, Carrefour, Super U ou même Lidl… Tous les commerces sont touchés. Un petit paradoxe, quand la France est le premier producteur européen.
Pourtant, si l’on en croit les chiffres d’Alice Richard, directrice du Comité national pour la promotion de l’œuf (CNPO), les ventes ont bondi de « près de 4 % depuis deux ans ».Pas de pénurie, ni de risque de pénurie
Auprès d’actu.fr, Alice Richard reconnaît que les rayons sont « clairsemés », mais ne veut pas parler de pénurie. Plutôt de « fortes tensions sur le marché ». C’est justement cette hausse de la demande qui pose actuellement problème dans l’approvisionnement en œufs. Concrètement, les producteurs ont du mal à suivre la cadence.
Rien à voir, donc, avec les coûts de production énergétiques, de transport et d’alimentation « relativement stables ces derniers mois ». En fait, pour des raisons diverses comme le prix de la viande, les consommateurs se tournent vraiment vers l’œuf, la protéine la moins chère du marché.
Les commandes des supermarchés sont en hausse, les conditionneurs d’œufs peuvent rencontrer des difficultés à répondre à certaines demandes, mais il n’y a pas de pénurie d’œufs en France.Alice RichardDirectrice du Comité national pour la promotion de l’œuf (CNPO)Il y a donc une très forte demande en ce moment, ce qui explique pourquoi il est bien difficile de trouver l’ingrédient phare des omelettes.Aux États-Unis, c’est à cause de la grippe aviaire
Aux États-Unis, les rayons sont également en déficit d’œufs. Mais là-bas, c’est surtout à cause de l’épidémie de grippe aviaire qui sévit partout dans le monde depuis quelques années.
En France, grâce à la vaccination des canards, « la protection de l’ensemble des volailles est assurée. Il n’y a eu que deux cas de grippe aviaire sur des élevages de poules pondeuses l’hiver dernier, l’impact sur la production a donc été très limité », assure la directrice du CNPO.
Cela dit, « les images dans les médias de rayons vides outre-Atlantique ont pu inciter les consommateurs français à acheter plus d’œufs qu’habituellement », note-t-elle. Un peu comme quand les médias, dont actu.fr, avaient évoqué de potentielles pénuries de papier toilette pendant les différents confinements.Une question de bien-être animal
Un autre écueil que rencontrent actuellement les professionnels concerne directement le bien-être animal. « La filière s’est fixée comme objectif d’atteindre 90 % des poules pondeuses élevées dans des systèmes alternatifs à la cage », raconte Alice Richard.
« Cette réduction programmée des élevages en cage pour passer aux modes d’élevage alternatifs nécessite des investissements, la construction de nouveaux bâtiments et freine la rapidité de réponse à la croissance de la demande », justifie-t-elle tout simplement.Une situation qui devrait durer un peu
Pour tous ces problèmes, on parle donc bel et bien de ralentissement de l’offre, mais en aucun cas de pénurie. « Les éleveurs ne sont pas impactés. Ni eux, ni leur production », certifie la directrice.
La situation devrait rester ainsi pendant toute l’année 2025, « mais pas à un niveau tel qu’actuellement », affirme Alice Richard.
Pas de risques, donc : les omelettes du dimanche matin, les gâteaux du dimanche après-midi et les œufs à la coque ou durs pour esquiver la vaisselle ne sont pas menacés.